GDF : « Les Français ne manquent jamais de gaz »
Gérard Mestrallet, le PDG du groupe, se dit prêt à « lisser les prix » pour le consommateur.Tout en plaidant pour « un système d’approvisionnement français qui fonctionne bien ». Entretien avec Gérard Mestrallet,PDG de GDF Suez.

Gérard Mestrallet, PDG du groupe GDF Suez.
Vous inaugurez aujourd’hui la centrale au gaz de Montoir. Que représente-t-elle dans la stratégie de GDF Suez ?
Elle s’inscrit dans une politique constante de développement de GDF Suez en France. Nous avons investi 14 milliards d’euros et embauché plus de 30 000 personnes dans l’Hexagone depuis trois ans. Notre groupe est celui qui a le plus augmenté les capacités de production électrique en France sur cette période. Dans ce cadre, le choix des centrales à gaz est essentiel. Car ce sont d’excellents instruments dont la grande flexibilité permet d’accompagner le développement des énergies renouvelables. Plus on fera du renouvelable, plus il faudra des moyens de production d’électricité flexibles qu’on peut démarrer et arrêter comme une voiture, quand le vent ou le soleil font défaut.
Est-ce que les événements japonais remettent en cause vos projets nucléaires ?
Il est trop tôt pour en décider. Nous avons de nombreux projets qui dépendront du choix des pays concernés. En France, dans la vallée du Rhône, où il n’y a pas urgence à décider, en Angleterre, en Italie, au Brésil, etc. Encore faut-il souligner que le nucléaire a une importance relative pour nous. Il ne pèse que 10 % de notre production électrique. Dans les 19 000 mégawatts de production que nous avons actuellement en construction, il n’y a pas de nucléaire. Sa part va donc mécaniquement baisser dans notre mix énergétique. Avec l’acquisition récente d’International Power, nous sommes devenus le premier producteur mondial d’électricité non nucléaire.
Le gel du prix du gaz, mauvaise nouvelle pour GDF ?
Quelques rappels s’imposent. L’État nous demande au travers d’un contrat de service public d’assurer la sécurité d’approvisionnement de tous les Français, via des contrats à long terme. Ce système fonctionne bien. Les Français n’ont jamais manqué de gaz, contrairement à certains pays européens en 2009, lors de la crise russo-ukrainienne. Et le prix payé par les consommateurs français demeure parmi les plus compétitifs d’Europe. N’oublions pas que le prix du gaz, indexé sur le prix des produits pétroliers selon des règles fixées par les pays producteurs, ne monte pas tout le temps. En 2009, il a même baissé de 9,4 %. Ainsi, sur deux ans, l’augmentation réelle est d’environ 10 %.
Êtes-vous prêts à prendre des dispositions pour amortir la facture des Français ?
Un certain nombre de mesures ont déjà été prises : tarif social pour 300 000 foyers, subvention aux fonds de solidarité logement dans les départements, prime à la casse pour faciliter le remplacement des chaudières. Cet hiver, les Français n’ont subi aucune hausse de leur facture grâce à des renégociations de contrats menées par le groupe. Nous sommes évidemment prêts à discuter pour lisser et tempérer les évolutions de prix pour le consommateur, mais dans le cadre de la limite fixée par la loi : l’interdiction de vendre à perte.
Le prix du gaz est-il condamnéà monter ?
À moyen terme, ce n’est pas inéluctable. Mais à long terme, sans doute, compte tenu de la diminution des énergies fossiles et de l’explosion de la demande dans le monde.
[via] Paul Burel.,ouest-france.fr