Le blé flambe, l’élevage souffre, les prix chauffent

« La facture alimentaire a plus que doublé en un an », déplore Claude Cadoux, qui élève dans l’Yonne 280 vaches charolaises et leur progéniture. En période de concours, son taureau Diplomate ingurgite chaque jour 10 kg de foinet 20 kg d’aliment ! Claude Stéfan
L’effet domino, vous connaissez ? Attisé par la spéculation, l’envol du prix des céréales met en péril les éleveurs. Et se propage jusque dans nos assiettes.
La récolte mondiale a subi de sérieuses pertes : sécheresse en Ukraine, en Russie, sur le pourtour de la Mer Caspienne; inondations en Australie… Dans le même temps, la planète mange de plus en plus de viande. Il faut des céréales pour nourrir les troupeaux. Poussée par la croissance démographique mondiale, la consommation de grains augmente. Le marché des matières premières agricoles redevient un terrain de jeu lucratif pour les fonds de pension et boursicoteurs de tout poil…
En 2010-2011, 197 millions de tonnes de blé se sont échangées sur le Marché à terme international de France (Matif), alors que la moisson française a engrangé 35 millions de tonnes. « La récolte 2010 a changé cinq fois de mains », en déduit Yves de la Fouchardière, directeur général des Fermiers de Loué. « De plus en plus de producteurs stockent pour vendre plus tard et profiter de la hausse », confie un céréalier.
Céréaliers gagnants,éleveurs perdants
Les céréaliers se frottent les mains. À Ploërmel (Morbihan), Noël Danilo a prévendu le tiers de sa récolte 2011 en signant avec sa coopérative un contrat lui garantissant 210 € la tonne de blé fourrager. Il n’avait touché que 95 €/t en 2009-2010. Les betteraviers bénéficient d’un prix de base de la tonne de sucre en hausse de 15 à 20 % sur le marché européen.
Du côté des perdants, les éleveurs : ils nourrissent leurs animaux avec des céréales. L’aliment représente 60 % du coût de production en volaille et en porc. « On va acheter 200 t de céréales à 120 € de plus par tonne. La facture augmente de 24 000 €. Le coût de production s’alourdit de 30 € par porc et de 30 centimes d’euro par kg de viande », calcule Thierry Lambert, éleveur de porcs à Bouillé-Ménard (Maine-et-Loire). « On est pris en étau entre une grande distribution très lente à répercuter les hausses et un marché céréalier qui spécule de plus en plus », évoque Yves de la Fouchardière.
À Saint-André-en-Terre-plaine (Yonne), Claude Cadoux et ses trois frères élèvent 280 vaches charolaises et leur progéniture de 280 veaux sur 400 ha de prairies. Pour nourrir tout ce beau monde, il faut compléter l’herbe en achetant 100 t de pulpes de betterave, 100 t de luzerne et 140 t d’aliment pour veau. « La facture a plus que doublé », déplore l’éleveur. Il envisage sérieusement de ne plus engraisser ses vaches avant de les livrer à l’abattoir et de stopper ses achats d’engrais.
Les Fermiers de Loué secouentle cocotier
Les Fermiers de Loué ont besoin de 200 000 t de blé et maïs pour nourrir leurs volailles label. Pour lisser la fluctuation des prix, la coopérative sarthoise propose aux organismes stockeurs un contrat d’approvisionnement de cinq ans encadré par un prix plancher à 130 € la tonne de blé et un prix plafond de 200 €. « Il faut arrêter les conneries. Nos céréales sont cultivées localement, on ne va pas les coter sur le marché mondial ! À force d’être sollicité par SMS, le céréalier vit dans la peur panique de ne pas vendre au plus haut ! » La contractualisation se pratique de longue date entre producteurs d’orge, malteurs et brasseurs. « Les contrats de trois ans permettent de travailler sur le long terme la sélection de nouvelles variétés, gage de qualité et de productivité », assure Pascal Chevremont, délégué général des Brasseurs de France.
[via] Xavier Bonnardel, ouest-france.fr