L’aspartame, un édulcorant sur la sellette

L'aspartame est présent dans les sucrettes pour le café, mais aussi les yaourts allégés, les sodas light, etc. Marc Ollivier
Boissons, yaourts, bonbons, chewing-gums, produits « light », l’aspartame est l’édulcorant le plus utilisé. Mais est-il dangereux ? Deux études relancent le débat.
Découvert il y a une vingtaine d’années par un chimiste américain, l’aspartame, faible en calories, a un pouvoir sucrant deux cents fois supérieur à celui du sucre de table. Une aubaine pour l’industrie alimentaire, qui l’a mis dans 6 000 produits. 200 millions de personnes dans le monde en prendraient régulièrement.
Deux études s’inquiètent de ses conséquences possibles sur la santé. Et le Réseau environnement santé (RES) a demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire une réévaluation des risques liés aux édulcorants.
Experts européens rassurants
La première étude, danoise, porte sur des femmes enceintes. L’aspartame augmenterait le risque de naissance avant terme. La seconde étude est italienne. La Fondation Ramazzini, de Parme, spécialisée en cancérologie environnementale, a soumis des souris à un régime intense d’aspartame. Résultat : une incidence accrue de tumeurs du foie et du poumon. L’aspartame à certaines doses serait cancérigène. Ce que conteste l’Efsa, l’agence de santé européenne.
« L’institut Ramazzini a déjà commis des études du même genre, sur des rats, analyse Gérard Pascal, ancien directeur scientifique chargé de la nutrition humaine à l’Inra. Les experts de l’Efsa les ont étudiées et ont estimé, collectivement et contradictoirement, qu’il n’y avait pas de raison de reconsidérer l’utilisation de cet édulcorant dans l’alimentation. » Ils ont refusé de revoir la dose journalière acceptable, fixée à 40 mg d’aspartame par kilo de poids corporel. Le seuil paraît élevé mais « 2 canettes + 1 yaourt + 1 crème + 4 cafés + 10 chewing-gums, ça fait déjà 15 mg/kg », note André Cicollella, du RES.
L’aspartame a une structure chimique simple. « Il accroche deux acides aminés naturels qui, une fois ingérés, se dégradent en trois composés, l’acide aspartique, la phénylalanine et le méthanol. Ils sont métabolisés par l’organisme de la même façon que ceux qui proviennent d’aliments courants. » L’institut italien pointe, au contraire, les effets toxiques du méthanol qui se dégrade en formaldéhyde, « cancérigène quand on l’inhale, explique l’expert français, mais pas quand on l’ingère ».
Chacun campe sur ses positions. « Pourquoi affoler les populations ? », se demande Gérard Pascal. Une seule conclusion, peut-être provisoire : si on consomme des édulcorants, mieux vaut le faire avec modération.
[via] Bernard Le Solleu, ouest-france.fr