Docteur, mon porte-monnaie me démange !

Il y a ceux qui jettent l'argent par les fenêtres et il y a les radins, les acheteurs compulsifs... Philippe Chérel
Il y a ceux qui jettent l’argent par les fenêtres et ceux qui dorment sur leurs louis d’or. Ceux qui couvrent leurs amis de cadeaux, jusqu’à se retrouver en chemise. Et ceux qui peinent à débourser 50 centimes d’euro, jusqu’à se retrouver sans amis.
Notre relation à l’argent est d’autant plus complexe qu’elle est en partie inconsciente. Jean Beaujouan, ancien cadre bancaire et psychologue, aide les personnes surendettées au sein de l’association Crésus. Il donne des conférences pour des organismes, comme la mutuelle d’assurances Maif, et anime des séminaires pour y voir clair.
L’argent, plus qu’un moyen de paiement. Source de sécurité, de satisfaction, il a aussi à voir avec l’estime de soi. Est-ce que je vaux ce que je gagne ? Si je gagne plus que les autres, est-ce parce que je suis meilleur ?
Une source de souffrance. Il y a la crise, mais pas seulement. Pour 5 à 15 % de la population, l’argent pose problème. Certains n’osent pas le dépenser et se rendent compte qu’ils ont oublié de vivre. D’autres, n’ayant pas confiance en leur valeur, sont incapables de défendre leurs intérêts lors d’une négociation, de demander une augmentation. Il y a les prodigues qui se ruinent en cadeaux, espérant se faire aimer. Et les surendettés, que j’appelle les accidentés de l’argent.
À l’origine de sentiments négatifs. Certains éprouvent du dégoût et traitent leurs finances par le mépris, donc mal. Les acheteurs compulsifs, très excités lorsqu’ils achètent, ont ensuite honte. Et certains riches ont peur de perdre leur argent, de se le faire voler.
Pourquoi une relation si difficile ? L’argent est dur à gagner ! Travailler, c’est se louer à son employeur, perdre sa liberté, subir le stress, la fatigue. Les moyens a priori plus faciles de s’en procurer comportent leur part de risque. Hériter entraîne parfois des disputes, jouer peut provoquer une addiction. Même gagner au loto n’est pas si simple.
Tout dépend aussi de notre histoire. Les histoires d’argent non résolues de nos ancêtres ¯ faillites, héritages, argent sale, précarité ¯ colorent notre vie. Lors des séminaires, nous remontons les arbres généalogiques. Parler aide certains, qui sont mal sans savoir pourquoi. J’ai eu le cas d’une femme qui dépensait tout son argent. Elle ne le ressentait pas comme « légitime », car il y avait dans sa famille des histoires d’enfants illégitimes, justement. Après en avoir pris conscience, elle a pu épargner.
Il faut aussi combattre « l’illettrisme de l’argent ». Certains ne savent pas gérer leur budget. Parfois parce que, dans leur famille, on ne parlait pas d’argent, alors on ne le leur a pas appris. Il faut aussi donner aux gens des connaissances de base, sur les prêts, les produits d’épargne, afin qu’ils soient mieux armés dans leurs relations avec les banques.
Plus d’informations dans le journal Ouest-France
[via] Florence Pitard, ouest-france.fr