France : Le « vrai » camembert veut protéger son origine

La mention « Fabriqué en Normandie » sera-t-elle interdite sur les camemberts qui ne sont pas AOC ? Photo Ouest France
La guerre du « véritable » camembert de Normandie va-t-elle se rallumer ? L’organisme de défense et de gestion de l’AOC « camembert de Normandie » a décidé, mardi 15 mars, à « une très large majorité », de ne plus permettre aux fabricants de camembert – même issus de leurs usines normandes -, d’apposer la mention « Fabriqué en Normandie », s’ils ne respectent pas le cahier des charges AOC.
Ne pas induire le consommateur
C’est la première fois qu’une telle décision est prise. Elle est d’importance. Jusqu’alors, la mention « Fabriqué en Normandie » peut, en toutes lettres, apparaître sur les emballages des camemberts des grandes marques, issus de laits pasteurisés, microfiltrés, ou légèrement chauffés. Les volumes de ces camemberts « normands » peuvent représenter jusqu’à vingt fois ceux des camemberts AOC. « Toutes les enquêtes menées auprès des consommateurs, montrent que cette mention entretient une confusion, préjudiciable à la démarche contraignante pour les producteurs et les transformateurs engagés dans l’AOC », remarque Patrick Mercier, président de l’organisme de gestion, producteur de lait dans l’Orne.
Dossier sensible
Cette fois, il semble bien que législation européenne en matière de signes officiels de qualité, complexe mais précautionneuse, sur les mentions d’origine, donne raison aux défenseurs du « véritable camembert de Normandie ». En effet, la directive stipule : « Les dénominations enregistrées sont protégées […] contre une indication fausse ou fallacieuse, quant à la provenance, l’origine ou les qualités substantielles du produit figurant sur le conditionnement ou l’emballage, sur la publicité ou sur les documents afférents. »
La filière laitière normande semble être allée au bout des dérogations possibles et des interprétations du texte pour se satisfaire d’un tel statu quo entre tenants du camembert générique et gardiens de la tradition. Ces derniers défendent le respect des goûts et des qualités organoleptiques et sensorielles de ce fromage mythique et populaire, un des plus consommés en France. Ce nouveau débat fait écho à celui autour du lait cru.
Il y a quatre ans, la question avait agité la filière au moment de la révision du cahier des charges de l’AOC et de la réforme de l’INAO. Ambroise Dupont, sénateur UMP du Calvados, l’un des fondateurs du festival des AOC de Cambremer dans le Calvados, a posé la question de l’étiquetage, cet hiver lors des débats budgétaires au ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire. Ce dernier n’a pas répondu.
Du côté de l’INAO, de la Répression des fraudes, on fait pour l’instant le dos rond dans l’attente d’une clarification de ce dossier politiquement et économiquement sensible, bien au-delà de la Normandie.
[via] François Lemarchand, ouest-france.fr