Restos du coeur: « Chaque année, une personne sur deux est un nouvel inscrit »
Olivier Berthe, président des Restos du coeur, en janvier 2009 à Paris. Meigneux/SIPA
Pour le lancement de la 26e campagne de l’association, son président Olivier Berthe note une augmentation de 20% du nombre de bénéficiaires depuis deux ans…
Dans quel état d’esprit ouvrez-vous votre 26 ème campagne?
Je suis préoccupé car la situation est difficile. L’an dernier, nous avons accueilli 830.000 bénéficiaires et les inscriptions que nous effectuons depuis quinze jours nous laissent penser qu’il y en aura au moins autant cette année, si ce n’est plus. Nous aurons une tendance précise à la mi-décembre.
Attendez-vous beaucoup de nouveaux bénéficiaires?
Chaque année, une personne sur deux est un nouvel inscrit, car il y a un important turn-over chez nos bénéficiaires. La situation de certains s’arrange, alors que celle d’autres se dégrade.
Quel est le profil actuel de vos bénéficiaires?
Près de la moitié sont des chômeurs en fin de droits. Nous accueillons de plus en plus de retraités (11% actuellement) dont la situation ne risque de pas de s’améliorer. Les mamans seules représentent 15% des personnes que nous aidons et les moins de 25 ans, sont en forte augmentation (10%). Enfin, nous accueillons 6% de travailleurs pauvres.
Votre budget sera-t-il suffisant pour pouvoir aider tous ces bénéficiaires?
Nous l’espérons, mais nous savons déjà qu’il faudra dépenser davantage car le prix des matières premières est reparti à la hausse et que l’on aura peut-être de plus grandes quantités de nourriture à acheter. Par ailleurs, nous craignons la baisse de l’aide de l’Europe, via le programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD). L’an dernier, elle nous avait apporté 20 millions d’euros et cette année, nous toucherons 18,5 millions.
Et qu’en est-il de l’aide de l’Etat?
Nous espérons qu’elle compensera la baisse de l’enveloppe européenne. Il faut aussi qu’elle arrive très vite, car nous en avons besoin dès maintenant.
Ne craignez-vous pas aussi que les Français soient moins généreux que l’an dernier?
En 2009, ils ont donné aux Restos 65 millions d’euros, ce qui a représenté 43% de nos ressources. L’essentiel de la collecte s’effectue en décembre, c’est donc maintenant que tout se joue. Par ailleurs, le concert des Restos a rapporté 27 millions. On espère qu’il rapportera encore davantage cette année, d’autant que nous sortons le 10 décembre une compilation des meilleurs moments des concerts des cinq dernières années.
Comment allez-vous les convaincre de donner?
Notre seule stratégie de communication c’est d’agir et d’être transparent. D’ailleurs en juin dernier, la Cour des comptes a reconnu que notre gestion était irréprochable car nos frais généraux sont très limités (ils représentent 7% de notre budget). De plus, l’an dernier nous avons réussi à délivrer 103 millions de repas équilibrés à moins d’1 euro. C’est là notre force.
Les bénévoles sont-ils assez nombreux cette année?
Pour l’instant, nous en avons 58.000. Nous en aurons besoin de plus, si jamais le nombre de bénéficiaires augmente.
[via] Propos recueillis par Delphine Bancaud, 20minutes.fr